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Comment écrire une (bonne) scène de sexe ?

Comment écrire un livre ? - posté par Anaelle

Tous les auteurs sont amenés un jour ou l’autre à écrire une scène de sexe, car cela peut arriver dans tous les genres littéraires. Or, il s’agit d’un exercice plus difficile que ce que l’on pourrait penser. Mots inadéquats, incohérences, gestes mal ficelés, beaucoup d’éléments peuvent casser l’ambiance, et faire que le passage sensuel se transforme en moment gênant pour le lecteur. Alors, comment réussir une bonne scène de sexe ? Suivez le guide et passez de folles nuits d’écriture.


Une lumière tamisée

Tout d’abord, il faut créer une certaine alchimie. Vos deux personnages se tournent autour, échangent des regards langoureux, la moindre caresse déclenche un florilège de sensations. Mais comment retranscrire tout cela ? Nous avons posé la question à nos auteurs, et pour Martine Varenne-Caillard, il faut vivre la situation aux côtés de ses personnages ; c’est-à-dire connaître sur le bout des doigts « leurs désirs, leurs hésitations, leurs approches… », et essayer de ressentir ce qu’ils peuvent éprouver comme émotion.

Bien sûr, pour cela, il faut qu’il y ait une connexion entre l’auteur et ses personnages. Il est donc plus facile de prendre des personnages qui nous plaisent personnellement. Martine Varenne-Caillard, par exemple, tombe amoureuse de son personnage masculin. Sandrine Rodrigues, elle, est également d’accord avec cette théorie : « Je pense dans un premier temps que les scènes d'amour, comme toutes les scènes que l’on écrit d’ailleurs, sont mieux exprimées lorsqu'on les ressent et lorsqu'on voit les images dans notre tête pendant qu'on les écrit. Je vous laisse imaginer dans quel état nous sommes à la fin de la scène… » (rires)

 

   Classique ou Kâma-Sûtra ?

Une fois qu’on a les personnages, il faut trouver le ton qu’on donnera à sa scène de sexe. Car oui, il y a des dizaines de façons de décrire un rapport dans la littérature. Pour trouver votre style, il vous suffit de vous interroger sur votre histoire, et sur la relation que vous souhaitez pour vos deux personnages. Du cru, au romantique, en passant par le chirurgical, le langoureux et le coquin, chaque ambiance aura son vocabulaire, et ses scènes propres.

Sandrine Rodrigues donne l’exemple suivant : « un auteur qui décrit la première scène d'amour entre ses deux héros éperdument fous l'un de l'autre ne va pas placer la scène dans les toilettes d'un bar où l'homme saute sur celle qu’il aime sans ménagement, mais plutôt écrire la scène avec plus d'intimité et plus de “romantisme” ».

Question atmosphère, on peut aussi choisir d’être dans le « vrai », c’est-à-dire s’éloigner des versions trop littéraires. Pour Edwige Decoux-Lefoul, « l'émotion partagée, les sentiments, les désirs réciproques, les micro-attentions, les mots, la découverte des corps, les étonnements mutuels, les fous rires, les ratages, les chutes, les caresses, l'admiration, l'écoute du corps de l'autre, le respect… Voilà autant d’éléments essentiels pour une scène d’amour à la fois vraisemblable et originale. »

Le langage que vous utiliserez donnera des indications au lecteur sur la psychologie de votre personnage (quoi de plus intime qu’un rapport intime ?), sur ses sentiments vis-à-vis de son/sa partenaire (pas les mêmes s’il s’agit d’un(e) époux/se ou d’une relation tarifée), ainsi que sur votre roman en général.

Par exemple, un roman où l'on suit un flic dépressif qui se paye une prostituée de temps en temps pourrait avoir un vocabulaire cru, presque froid pendant les scènes de sexe. Une romance pourrait donner peu de détails techniques pour se concentrer sur les sentiments des personnages, leurs gestes d’amour. Tandis qu’un roman franchement érotique donnerait beaucoup d’indications.

Enfin, on fera attention à la vulgarité, qui ne peut convenir qu’à un roman pornographique. Tout en poésie, Sandrine Rodrigues en donne l’exemple parfait : « Je prends ses couilles […] j’ai plus l’impression que le personnage va les lui arracher… »


L  La petite fleur

Jusqu’où aller dans les détails ? Difficile de savoir lorsqu’on en fait trop. Pour Martine Varenne-Caillard, c’est la banalité le pire ennemi de la scène d’amour, « le déjà lu et relu, les descriptions anatomiques qui ne servent à rien… on sait tous comment est fait un corps et à quoi servent les attributs… » L’auteure préfère suggérer plutôt que décrire. Pour cela, elle s’attaque aux scènes qui précèdent ou suivent le moment fatidique, « en essayant d’emmener les lecteurs au bord de la situation, et en les récupérant ensuite, si possible remués par ce qui s’est passé… hors de leur vue. »

Cependant, c’est tout l’inverse pour Sandrine Rodrigues, qui elle pense qu’il n’y a jamais trop de détails dans une scène d’amour, car « plus elle est décrite et plus on la vit ». En effet, une scène de sexe ne s'arrête pas à « dedans, dehors et re-dedans et re-dehors… il y a plein de choses à mettre en avant et pour ça il faut utiliser tous ses sens ».


T  Tiens chérie, t’as mis deux culottes ce matin ?

Pour finir, attention aux incohérences ! Il est facile de se laisser emporter dans l’écriture d’une scène de sexe, et la page se remplit toute seule sans qu’on n’y prête attention. Mais vient le moment de la relecture, et là, que découvre-t-on ? Que nos personnages se sont téléportés du canapé au lit, ou que madame s’est fait retirer par deux fois ses sous-vêtements. L’incohérence est donc un danger contre lequel nous met bien en garde Sandrine Rodrigues avec ces exemples, car comme elle le dit : « La téléportation n’existe pas encore… »


   De la théorie à la pratique

Puisque c’est toujours plus facile de comprendre avec un exemple, et que c’est encore mieux en s’amusant, voici trois petits textes écrits par Guy Adrian, montrant comment une scène de sexe peut être racontée de manière radicalement différente suivant le ton qu’on emprunte.

·       Version technique explicative, le sexe version « Top-chef »

Arnaud était couché sur son flanc droit, les fesses de Julie plaquées contre son bas-ventre. S’aidant de l’index et du majeur de sa main gauche, il écarta les grandes lèvres pour dégager l’entrée du vagin et y introduisit doucement son pénis que l’érection avait amené à sa taille maximum de 15 cm. Les glandes de Bartholin de Julie avaient abondamment sécrété une glaire visqueuse qui facilita la pénétration. Avec l’index, Arnaud caressa le capuchon clitoridien jusqu’à sentir le clitoris durci qu’il fit rouler délicatement. Les corpuscules de Krause, très nombreux dans cette zone érogène, transmirent des bouffées de dopamine via le nerf vagal jusqu’au néo-cortex de la jeune femme qui se mit à souffler fortement. Son vagin se dilata tôt en exsudant par ses parois un fluide clair à la fraîche odeur de foin coupé. Grâce à cette lubrification supplémentaire, Arnaud accéléra sa cadence, un flush d’adrénaline, dopamine et glutamine mêlées inonda les neurones de Julie qui poussa un cri primal. Son pouls s’accéléra de 50%, ses pupilles se dilatèrent, son sphincter anal et son vagin se contractèrent rythmiquement pendant 1 minute 30. Simultanément, ses glandes de Skene et sa vessie relâchèrent un jet de fluide et d’urine mêlés, sa première « éjaculation féminine », ce qui la fit entrer dans la tant fantasmée élite des « femmes fontaines ».

·       Version littéraire bavard, façon années 60

Arnaud couché sur son côté droit pressait amoureusement Julie contre lui, les fesses aux globes parfaits de la jeune femme étaient plaquées contre son pubis. Ils sentaient l’excitation monter et s’embrassèrent langoureusement en mêlant leurs langues un long moment. Arnaud caressa délicatement la fente devenue humide puis introduisit le gland de sa verge durcie et la pénétra doucement, ce qui arracha un soupir langoureux à sa compagne qui ondula au-dessus de lui. Arnaud accéléra à l’unisson tout en titillant le clitoris bien vite dressé. Elle gémit et lui dit dans un souffle : « Je suis à toi chéri. » Transporté, il la pressa contre lui plus fort. Aussitôt avec un cri perçant, elle s’arc-bouta contre lui en enfonçant ses ongles dans sa cuisse. Un jet de cyprine inonda le bas-ventre du jeune homme qui, en hurlant, libéra un flot de semence, son visage enfoui dans la masse de cheveux blonds. La bouche collée à l’oreille de son amante, il souffla : « Je t’aime ma chérie ! »

·       Style ado en pleine action

Arnaud décida de prendre Julie en petites cuillères. Comme il bandait de ouf, il enfila sur sa teube une « Durex sensitive ultra-mince ». Avec deux doigt, il dégagea l’entrée de la chatte et pénétra à donf la Julie qui s’excitait d’une main un téton et de l’autre le clito. Il accéléra en tapant fort son pubis contre le cul de la meuf, comme il avait vu sur Youporn. Elle était excitée et mouillait pas qu’un peu ! Mais, putain, ça sentait le cul, il faudrait vider une bombe de déo dans la piaule avant que sa reum déboule pour voir s’ils révisaient bien le partiel. Il balança sa giclée et Julie prit son pied aussi. Elle se tourna et lui enleva l’oreillette qui envoyait du rap à fond et lui dit : « C’est super avec toi. » Il lui répondit : « T’es bonne, j’te kiffe » mais elle ne l’écoutait pas, elle était sur son Facebook pour annoncer à ses 64 copines et ses 2363 followers : « J’suis en couple avec Arnaud. » Ça allait liker grave !

Cet article clôt donc le mois de l’amour, avec une newsletter en retard, mais des témoignages d’auteurs exclusifs ! J’espère qu’il vous aidera à bien écrire vos scènes de sexe, et à ne plus redouter la chose si vous n’êtes pas un habitué du genre.

Sur ce, je vous dis à dans deux semaines, et en attendant, écrivez-bien !

 

P.-S. : pour info, il existe un « Bad Sex in Fiction Award » qui récompense l’auteur qui a écrit la pire description d’un acte sexuel dans un roman. Potassez donc bien tous les conseils que l’on vous donne pour éviter de vous retrouver dans la liste des nominés !


Christelle


Commentaires

  • Philippelaperrouse
    Très instructif... (je plaisante).... mais je suis à la recherche d'une chronique (simple et claire) sur le (bon) usage de la ponctuation... c'est moins sexy, mais ça m'intéresserait fortement... avez-vous une idée ?

    Philippe Laperrouse
    Posté par Philippe Laperrouse, Publishauthor
    le 2 Mars 2018

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